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N° 163 - Janvier 2010 / pays de la loire

La Vendée face à la crise


La brutale fermeture du site SKF et l’envoi des premières lettres de licenciement chez Samro, deux entreprises localisées à Fontenay-le-Comte, laissent penser que la Vendée connaît des heures difficiles face à la crise. Mais est-ce le cas partout dans un département où l’on parle souvent du “Miracle économique vendéen” ? Pour le savoir, nous avons mené notre enquête auprès des acteurs au contact des entreprises. Verdict : si l’industrie et la sous-traitance souffrent, de belles réussites existent aussi en Vendée. Par Stéphane Rouzeau, Olivier d’Argol et Yann Quiniou



Monsieur le président, nous consacrons une large part de ce numéro à la Vendée économique dans la crise. Pensez-vous que le modèle vendéen, baptisé parfois « miracle économique », a les capacités de résister, mieux que d’autres, aux effets néfastes de la récession ?
­­­La créativité de la Vendée est toujours aussi forte. Nos entreprises font face sans sacrifier leur outil de travail, ni leurs projets d’avenir. Quant aux emplois, le taux de chômage en Vendée reste inférieur aux taux national et régional.
Il y a plusieurs raisons à cela : la solidarité qui est une vraie force du tissu économique vendéen, la proximité des centres de décision et aussi la combativité de nos entrepreneurs.
La Vendée est une terre de petites et moyennes entreprises où le travail et le capital prospèrent ensemble. La gestion familiale de nombreuses entreprises, la prudence face à la financiarisation de l’économie, ont permis de bien résister à la crise. Aujourd’hui, dans de nombreux secteurs, les investissements et l’emploi repartent. Ces signes positifs montrent que la capacité de rebond est bien là.

La Vendée vient de subir avec SKF (Fontenay-le-Comte) la dure loi des délocalisations puisque le groupe suédois décide de fermer son usine vendéenne pour se développer autrement et ailleurs. Vous avez vous-même « envahi » le comité d’entreprise de l’entité vendéenne pour protester énergiquement. Regrettez-vous cette manifestation ?

La fermeture de SKF, c’est la mondialisation sauvage qui sacrifie l’emploi chez nous pour des raisons uniquement financières. C’est exactement le contraire du modèle vendéen. Nous avons mené avec les élus et l’ensemble des salariés, dont je tiens à souligner la dignité et le courage, une bataille dont il n’y a rien à regretter. Nous ne pouvions pas faire autrement que de dénoncer le scandale moral que représente cette délocalisation, décidée par le board mondial de SKF, au mépris de la propre charte d’éthique affichée dans les usines du groupe et alors même que l’usine de Fontenay était rentable. Cependant, c’est l’exception qui confirme la règle. Aucune entreprise gérée depuis la Vendée n’a suivi cet exemple car il existe en Vendée une véritable éthique des affaires.

Bénéteau, fleuron de l’industrie vendéenne, vient de perdre 50 % de son chiffre d’affaires. Êtes-vous inquiet pour l’emploi dans ses principales usines situées dans votre département ?
Les dirigeants de Bénéteau ont fait face à l’effondrement mondial du marché de la plaisance dû à la crise, avec beaucoup de sang froid et d’humanité. Les mesures qu’ils ont prises ont permis d’éviter les licenciements massifs que l’on pouvait craindre. Bénéteau continue par ailleurs à faire preuve de sa grande capacité d’innovation en lançant de nouveaux modèles et des activités de diversification, comme les maisons en bois, que nous soutenons. C’est une entreprise bien gérée et très performante qui a tous les atouts pour rester n° 1.

Le groupe Schenker-Joyau dont nous racontons l’histoire à l’occasion du changement de président, symbolise la Vendée qui résiste, qui s’adapte et qui gagne. Avec un actionnaire allemand. Est-ce réconfortant ?

Dans ce cas précis, Jacques Godet, le remarquable président sortant, a su s’appuyer sur le travail exceptionnel accompli par le fondateur Henri Joyau, pour donner à son entreprise, avant même son changement d’actionnaires, une dimension internationale. Elle a conservé en Vendée des centres de décision. Elle y a réalisé des investissements importants avec une véritable volonté de maintenir sa culture et de s’appuyer sur les acquis qui ont permis son développement. C’est le symbole de la Vendée enracinée mais ouverte et conquérante.

Que manque-t-il à la Vendée, déjà bien dotée en autoroutes et en zones industrielles (Vendéopôles), pour mieux sortir le plus rapidement possible de la crise ?

Il nous manque tout de même un maillon autoroutier : c’est l’A 831, dont la Déclaration d’utilité publique date pourtant de 2005. Nous poussons avec tous les élus du Sud Vendée pour que l’État prenne rapidement la décision de la réaliser.
Notre plan routier départemental 2010/2020 prévoit de nouveaux investissements pour améliorer encore notre désenclavement routier avec pour objectif la sécurité, la fluidité et l’accessibilité du réseau routier vendéen.
Nous continuons le développement des Vendéopôles, à Bois-de-Céné, à Rocheservière, à Sainte-Gemme-la-Plaine, en y ajoutant un nouveau concept, celui de Vendéopôle ferroviaire. Le Vendéopôle ferroviaire de Pouzauges, qui parachèvera le désenclavement de l’Est vendéen et permettra à nos entreprises des connexions faciles avec le réseau ferré international, sera opérationnel en 2012.
Enfin, nous travaillons pour le développement des formations supérieures : le conseil général va agrandir l’école d’ingénieurs de La Roche-sur-Yon et nous avons ouvert cette année un nouveau master à l’ICES et de nouvelles formations dans les instituts supérieurs décentralisés, dans le
domaine de l’éco-habitat et des énergies nouvelles.

La situation au quatrième trimestre 2008

Restées durant près de deux ans à l’écart des soubresauts de l’économie mondiale, la Vendée et ses entreprises subissent un retournement brutal de la conjoncture. Les premiers signes de fléchissement de la demande surviennent durant l’été 2008 (- 1,6 %).
Puis, l’activité se replie fortement en octobre, novembre et décembre (- 3,1 %). Tous les secteurs sont en recul mais la baisse des carnets de commandes affecte surtout la construction (- 3,9 %) et les services (- 7,1 %).
La faible demande entraîne la sous-utilisation des capacités de production existantes. Conséquence : les sociétés vendéennes réduisent leurs investissements (- 2,7 %), notamment dans le commerce (- 16,4 %) et l’industrie (- 3,7 %).
Les créations d’entreprises sont en baisse (- 12,8 %), la reprise de l’activité à court terme étant peu probable.
L’emploi pâtit lui aussi de la morosité du climat des affaires. Après le léger mouvement de reprise constaté pendant l’été (+ 0,2 %), le nombre des salariés du secteur marchand repart nettement à la baisse en fin d’année 2008 (- 1,1 %).
Au cours des six mois précédents, l’industrie avait déjà détruit des emplois (- 0,2 % au 2e trimestre puis - 0,7 % au 3e trimestre 2008) mais la tendance s’amplifie encore en fin d’année (-1,5 %). À leur tour, les entreprises tertiaires réduisent leurs effectifs
(- 1,2 %). La chute du travail intérimaire explique ce phénomène. Seul le secteur de la construction semble alors s’en sortir et embauche (+ 0,2 %).
Malgré tout, en ce 4e trimestre 2008, l’accroîssement des licenciements fait bondir le nombre des demandeurs d’emploi recensés dans le département (+ 18,4 %). Une tendance jamais observée dans de telles proportions.
Le taux de chômage de la Vendée grimpe pour le troisième trimestre consécutif : 6,3 % au 4e trimestre contre 5,5 % au 3e. Toutefois, la moyenne départementale demeure en-deçà du résultat national (7,8 %).
Les ménages vendéens restent néanmoins encore peu sensibles à la dégradation de la conjoncture économique. Les immatriculations de véhicules neufs sont encore orientées à la hausse (+ 6,1 %) alors qu’elles avaient nettement reculé trois mois auparavant (- 24,7 %).
Quant aux collectes de TVA, elles sont presque stabilisées (- 0,2 %) contrairement à la baisse (- 2,8 %) constatée au cours du 3e trimestre.

La situation au premier trimestre 2009


Janvier, février et mars sont plutôt maussades : le chiffre d’affaires global des entreprises décroît fortement (- 6,3 % au 1er trimestre après - 3,1 % au 4e trimestre 2008). La baisse des ventes enregistrée dans l’industrie
(- 11,9 %) et le commerce (- 8,3 %) explique cette situation.
Heureusement, les exportations repartent à la hausse (+ 13,2 %), après avoir subi une chute (- 23,3 %) au 4e trimestre 2008. Autres indicateurs encourageants, les dépenses d’investissement sont quasiment stoppées (- 0,6 % au 1er trimestre 2009 après - 2,7 % au 4e trimestres 2008) et les et les créations d’entreprise repartent (+ 46,7 %), soutenues par la mise en application du statut d’auto-entrepreneur survenue au début début janvier.
Malheureusement, le marché de l’emploi se dégrade toujours, impacté par le manque d’activité économique dans les entreprises. Après la baisse (- 1,1 %) de la fin 2008, les effectifs du secteur marchand reculent de 3 points au 1er trimestre. Le tertiaire est touché de plein fouet par la chute du travail temporaire (- 4,3 %). L’industrie enregistre une nouvelle baisse de ses salariés (- 2,2 % au 1er trimestre) liée à la baisse de la demande de produits manufacturés. Quant à la construction, jusque-là résistante, elle connaît ses premières pertes d’emplois (- 0,4 %).
L’accélération des licenciements et des faillites amplifie la remontée du chômage. Le nombre de demandeurs d’emplois croît de + 19,4 % au 1er trimestre. Les actifs de plus de 50 ans sont particulièrement affectés par ce mouvement (+ 18,5 %) qui, en revanche, épargne les jeunes de moins de 25 ans (- 4,6 %).
La consommation des ménages vendéens commence à souffrir de la détérioration du climat économique. Le premier trimestre est ainsi marqué par une baisse significative des collectes de TVA effectuées à l’intérieur du département (- 9,5 %).
Néanmoins, le marché automobile, aiguillonné par les primes à la casse, affiche des résultats en très forte croissance. Les immatriculations de voitures neuves progressent de + 15,8 %.

La situation au deuxième trimestre 2009


Comme on le constate aussi au plan national, la forte récession qui a frappé l’économie vendéenne semble s’achever. Durant le printemps, l’activité des entreprises est presque stable (- 0,8 %) et n’a plus rien à voir avec les reculades des deux trimestres précédents (- 3,1 % au 4e trimestre 2008 et - 6,3 % au 1er trimestre 2009). C’est que l’industrie (+ 3,1 %) et le commerce (+ 1,8 %) connaissent une reprise. Toutefois, la construction (- 3,2 %) et les services (- 8,4 %) assistent au recul de leurs ventes.
Au cours du deuxième trimestre, les investissements connaissent à nouveau une forte baisse (- 4,6 %) alors que le premier trimestre avait plutôt suggéré un mieux (- 0,6 %). Cette contre-performance est liée à la sous-utilisation des capacités de production.
Les exportations font la grimace
(- 8,1 %) alors qu’elles connaissaient une embellie trois mois plus tôt (+ 13,2 %). Seule la création d’entreprises se maintient (+ 25 % au 2e trimestre, après + 90,6 % au 1er) mais les effets liés à la mise en application du statut d’auto-entrepreneur s’estompent.
Dans le même temps, le recul de l’emploi salarié ralentit (- 0,4 % au 2e trimestre, après - 2,1 % au 1er). Il s’explique par la stabilité du climat des affaires
observée en Vendée durant le printemps. Le secteur tertiaire connaît une petite embellie (+ 0,3 % au 2e trimestre) après les mauvais chiffres
du 1er trimestre (- 2,3 %).
La chute qui a frappé durement le travail temporaire étant ralentie, les effectifs repartent légèrement à la hausse. Malgré tout, l’industrie détruit encore des postes (- 1,4 % au 2e trimestre, après - 2,3 % au 1er), tout comme la construction (- 0,3 % au 2e trimestre, après - 0,7 % au 1er).
La dégradation du marché du travail tend à se résorber car la main-d’œuvre salariée recule moins. L’augmentation du nombre des demandeurs d’emploi ralentit au cours du deuxième trimestre (+ 3,4 %), loin des hausses record enregistrées en fin 2008 (+ 12,8 %), puis au début 2009 (+ 19,4 %).
Pourtant, la baisse du chômage tarde. Avant d’embaucher à nouveau, les entreprises doivent d’abord en terminer avec les mesures de chômage partiel prises pour faire face à la forte baisse d’activité, au plus fort de la crise.
Avec le redressement économique constaté au printemps, les ménages
vendéens reprennent confiance. Leurs dépenses de consommation repartent à la hausse. Elles se mesurent par l’évolution des collectes de TVA (+ 1,7 % au 2e trimestre, après - 9,5 % au 1er).
Enfin, les achats de véhicules neufs progressent encore (+ 16,5 % au 2e trimestre, après +15,8 % au 1er), doublement portés par les effets favorables de la prime à la casse et du bonus écologique, notamment pour les acquisitions de petites voitures
citadines.



Sommaire du N° 167 : Mai 2010

Édito
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Actualité
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    des Pays de la Loire

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    Art de vivre
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