|
Le groupe Nouvel Ouest est également
éditeur des magazines
féminins de proximité :
Folles de l’Ouest
Angers Femmes
Nantes Femmes
Rennes Femmes
|
|
L'éditorial
|
De Mao à Confucius...ou la Chine à rebours!
par
Hervé Louboutin
|
|
N° 167 - Mai 2010
Retour de Chine. Avec, cette fois, la conviction bien enracinée qu’il s’y passe quelque chose de définitif. Quand Alain Peyrefitte, l’ancien ministre du Général, publiait en 1973 son Quand la Chine s’éveillera…, citant Napoléon 1er, on pensait que le monde tremblerait bientôt. Plus tard. Eh bien, c’est déjà fait ! Presque quatre décennies après, l’Empire du Milieu a accompli une mutation, une métamorphose, une “révolution” qui font que rien ne sera plus jamais comme avant. Avec cette part de mystère, propre à notre pensée occidentale si rationnelle : comment est-il possible de concilier la dictature du parti unique et le libéralisme économique le plus débridé ? C’est toute la question. Car le manichéisme chinois tient à ce double visage qui le rend si différent. D’un côté, un nationalisme à tout crin, de l’autre une économie à la croissance insolente et continue. Bref, un modèle singulier, inexportable et pourtant si conséquent. Il n’est que de s’aventurer quelques instants dans le Palais du Peuple, place Tien An Men, où paradent les plus hauts dignitaires du PCC pour comprendre que la Chine ne vit pas comme le reste du monde. Oubliée, enterrée, stigmatisée, la Révolution culturelle entamée par Mao dès 1966, avec ses millions de morts, et ses sinistres Gardes rouges, a laissé la place à une autre organisation de la Chine, plus humaine somme toute. Une période cruelle qui fit pourtant des disciples un peu partout dans le monde jusqu’à la Sorbonne. Les anciens maos français se sont tous embourgeoisés jusqu’à l’excès (n’est-ce pas Sollers, Olivennes, July et consorts ?) profitant d’une praxis qui n’avait de révolutionnaire que l’épistémologie militante… Visite au temple de Confucius à Pékin. Superbe. Construit en 1302, il abrite 198 stèles et 51 624 noms de disciples du Maître né six siècles avant Jésus-Christ. Une université comme on en fait plus : calme, ordonnée, hiérarchisée. Avec le respect absolu de l’enseignant et de l’enseignement. Bref, un must.
Et pourtant, il y a quarante ans, il aurait été suicidaire de prononcer le nom de Confucius à Pékin. Comme le dit Daniel A. Bell, dans une chronique du Monde (1), c’était l’ennemi réactionnaire et tous les Chinois étaient encouragés à lutter contre lui. Mao ordonnait la désacralisation de sa sépulture à Qufu. Aujourd’hui, la Chine approuve un film sur sa vie. Le Maître y est dépeint comme un chef militaire astucieux et un apôtre des valeurs humanistes et progressistes, avec un faible pour la beauté féminine. On croit rêver. Et pourtant, le confucianisme est de retour. Dans les têtes, dans les librairies, dans les rues. " Au cours des dix dernières années, explique Daniel A. Bell, les intellectuels confucianistes ont formulé des propositions politiques dont l’ambition est de concilier les idées occidentales de démocratie et les idées confucéennes de méritocratie. " " Fantaisiste ? Pas moins que les scénarios envisageant une transition de la Chine vers la démocratie libérale… " ajoute ce professeur de philosophie canadien, spécialiste de l’Asie et qui enseigne à Pékin.
Tout ce qui se passe en Chine actuellement va dans ce sens, même si l’opacité du régime et ses réflexes totalitaires peuvent indiquer le contraire. Ne jugeons pas seulement sur le Tibet, considéré comme une province chinoise de toute éternité ou sur les massacres de Tien An Men de 1989 qui firent plusieurs milliers de morts. Voyons, si c’est possible, ce que recèle de positif l’évolution actuelle de ce monde à part pour mieux l’aider à conjuguer enfin ses vieux démons… (1) Après Mao, Confucius ? par Daniel A. Bell. Le Monde daté du 30 avril 2010.
|
|